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Le Cabinet de Réflexion

Je dois tout de suite vous confesser que je n’ai jamais vécu cette épreuve durant mon Initiation. En effet, lors de ma cérémonie, le Temple de Casablanca (Maroc) était en travaux, mon jumeau et moi avons donc été initiés dans la grande salle de réception d’un luxueux hôtel sur la Corniche, proche de la Grande Mosquée. En guise de préparation, nous avons passé… une heure et demie sur la plage de l’hôtel. Mon premier Symbole fut donc le Soleil marocain, très chaud, et non le Cabinet de Réflexion. J’ai toutefois rempli mon testament philosophique, confortablement assis dans un fauteuil de la réception, en attendant que l’on vienne nous chercher. Puis, deux Frères nous ont passé le bandeau pour nous faire pénétrer dans la grande salle. Nous avons ensuite été conduits vers une cuisine au sous-sol, par un petit escalier, afin de nous préparer à la cérémonie qui nous attendait. Le reste des épreuves a été conforme à ce que vous avez très certainement vécu.

Mon expérience du sujet est donc plus intellectuelle que la vôtre. La Franc-maçonnerie n’échappe pas à la règle, nous nous construisons de ce que la vie nous présente. Pour l’exemple, un Frère de ma Loge souffrait de surpoids. Comme par hasard il faisait 35° dans son Cabinet, c’était pour lui un vrai sauna. Un autre, 4 mois plus tôt, venait de perdre son épouse et son Cabinet ne possédait pas de chauffage, pour cause de panne. La température de la pièce avoisinait les -2°. Il fut enfermé dans une chambre froide pour ne pas dire mortuaire, durant 90 minutes. Pour finir avec les exemples, un Postulant que j’ai initié resta presque trois heures enfermé dans de ce sarcophage… à cause d’une grève des taxis. Ce ne fut évidemment pas un hasard, cela venait faire écho avec une histoire de sa vie où il passa une longue période de transition entre la vie et la mort suite à un accident.

Ces anecdotes ne servent pas à créer une distraction dans ce Manuel, elles ont pour but de faire prendre conscience à quel point, si on observe avec un peu de recul, on peut voir des choses surprenantes lors de notre arrivée en Franc-maçonnerie. J’ai eu l’occasion de le rappeler, la Franc-maçonnerie n’est pas un lieu de refuge, ni un lieu de seules agapes gauloises, c’est un lieu de Travail. On vient uniquement donner un « sens nouveau » à des « expériences habituelles ».

Le rôle premier du Cabinet de réflexion est de créer une rupture avec le monde profane. Il représente l’élément Terre, le premier de nos quatre voyages, il est associé au noir, à la mort, à la régénération. Il est paradoxalement l’antithèse de ce que nous croyons trouver en rejoignant la FM.

Dans le Manuel de survie pour Apprenti… vous avez pu lire à ce sujet, le passage suivant :

« Vous avez passé une heure, ou plus, dans ce Cabinet, dans le noir avec pour seule Lumière une bougie. Il est évident que pour tout claustrophobe, ce fut un enfer sous Terre. C’est justement l’objectif de cette épreuve. Le premier des voyages qui correspond au premier élément des quatre (La Terre / L’air / L’eau / Le feu). Il a pour symbolisme de sentir que la Terre est le lieu où tout doit mourir avant de renaître. Cette compréhension nous amène à percevoir la temporalité et l’impermanence de la vie dans cette dimension terrestre. Tout ce que nous voyons dans ce Cabinet est un rappel à la mort permanente. Ce point est capital et les grades suivants dévoileront d’autres facettes de cette loi Universelle. Aucun impétrant ne devrait entrer en Loge pour y être initié sans être préalablement sensibilisé au cycle de Vie / Mort / Renaissance. Les saisons naissent et meurent. Les jours suivent la même règle. Les heures n’y échappent pas non plus. Tout est changement dans notre monde et le maçon qui refuse cette règle Universelle, ne peut s’inscrire dans l’esprit de la Loge qui est en perpétuelle renaissance. »

Et j’écris ensuite

« Chacun vient en Loge pour y recevoir La Lumière et la première chose qui vous arrive, c’est précisément d’être coupé d’elle. Vous venez pour y travailler en Fraternité et vous vous retrouvez isolé de tous. Vous venez pour échanger et vous êtes réduit au silence. Décidément, cette méthode maçonnique est bien déroutante. Au premier abord, elle est l’inverse de ce que vous veniez y chercher. Tout ceci est pour le moins surprenant et appelle des explications. »

Il convient donc de remarquer que dès son arrivée, le Postulant se retrouve coupé de ses repères. Il est mis dans une situation totalement opposée à celle qu’il venait chercher. La Franc-maçonnerie lui adresse un message non équivoque, car il est écrit sur le mur de son Cabinet : « Si l’Intérêt te Guide… Si la Curiosité T’a Conduit … VA-T’EN ». Avouez qu’en guise d’introduction, le message est clair. La voie Initiatique ne sera pas de tout repos. Or, combien de Postulants prennent conscience de la tâche qui les attend ? Très peu, car en réalité, la curiosité et l’orgueil sont bien souvent les moteurs de ces futurs Tabliers sans maçon.

Avouez quand même que ce lieu qu’est le Cabinet de Réflexion, est pour le moins paradoxal. Nous venons dans ce lieu mourir pour mieux renaître. Vous vous souvenez évidement de tous les autres Symboles, ceux liés au principe de dualité complémentaire : « Lune/Soleil, le Blanc/Noir, la Canne/Épée, Septentrion/Midi… ». Nous voyons avec évidence la dualité qu’il convient de dépasser pour nous ouvrir au principe du ternaire. Le binaire est flagrant dans notre Cabinet, il est caractérisé par le noir en opposition à La Lumière que nous recevons une heure plus tard. Le ternaire en question est constitué de l’élément Air, cet élément médiateur dont nous reparlerons dans le travail suivant. Puis le quaternaire viendra de l’eau et enfin le feu, par lequel la nature toute entière se régénère. Nous le comprenons, cette façon de percevoir l’épreuve du Cabinet est semblable à des poupées russes ou des couches d’oignons. Chaque étape ouvre les portes de la suivante et aucune certitude n’est permise, car tout est en mouvement.

Notre société moderne, dans sa folie et sa fuite en avant, nie de plus en plus la fonction symbolique de la mort. Le nouveau Dieu économique tout puissant, j’ai nommé la Société Google[1], travaille actuellement à rendre l’homme « augmenté » plus performant encore. Cela signifie que peu à peu, la promesse est de rendre l’homme quasiment immortel. Tout doit désormais être érigé au nom de la vie éternelle. Nous le voyons lors de nos cérémonies mortuaires ou lors des deuils qui les suivent. Nous l’observons aussi grâce aux miracles de la chirurgie pour nous faire oublier que nous sommes de passage sur cette terre. Ou encore, lorsque nous voyons les personnes âgées que nous éloignons de nos familles pour rendre supportable notre course à la consommation. Nous nous comportons dans ce monde moderne comme des êtres plus forts qu’un dieu et surtout, comme des êtres éternels. Or notre bonheur ne peut être nourri que par le binôme indissociable vie/mort. Je ne nie nullement l’intérêt de donner des années à la vie… mais à condition d’intensifier la vie que nous donnons à nos années. Comment concevoir une vie sans mort ? Ou encore, comment concevoir une lumière sans obscurité ? Un plein sans vide ? Ainsi, le passage dans le Cabinet est une saine soumission à ce que je nomme le « cadre ». Nous en connaissons d’autres, des cadres, auxquels nous nous soumettons afin de nous transcender et trouver ainsi notre liberté. Prenons par exemple : le temps. Si vous niez le temps, vous arriverez certainement en retard ou en avance, mais vous ne pourrez garder aucune relation sociale avec les autres. Personne ne voudra vous fixer de rendez-vous. Comment ouvrir nos travaux au Midi symbolique si nous ne reconnaissons pas le cadre du temps. Dans notre monde de matière, nous vivons dans des espaces qui constituent des cadres. Nous nous servons d’appui pour grandir, pour nous dépasser. Le principe du GADLU est aussi une autre forme de cadre. Nous pouvons nous opposer au principe créateur et le nier, mais dans ce cas, le cadre créateur n’existant plus, nous ne pouvons plus nous positionner dans la création. Par conséquent, nous ne pouvons pas trouver notre centre. Sans un centre clairement défini, l’être humain est condamné à l’errance. Le monde de la matière est fait de repères. Le monde spirituel est fait de Symboles. Les deux principes ont la même vocation, permettre à l’homme de trouver sa place et de s’élever.

Notre Cabinet est un appui, une caverne à l’image de celle de Platon, un repère qui va nous servir à grandir par une forme d’accouchement, pour renaître ensuite à un futur prometteur.

Lisez la suite et terminez votre instruction : Suite dans le manuel 

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[1] En réalité la Société mère de Google se nomme « Alphabet »